Quel impact des civic tech sur la participation citoyenne ?

29 octobre 2019
7 minutes environ

Civic tech. Voici 2 termes qui, à l’échelle de la participation citoyenne, ne sont associés que depuis peu. Pourtant voilà bien une dizaine d’années qu’Internet est utilisé pour la mobilisation citoyenne et la démocratisation du débat public. Aujourd’hui, la technologie permet d’aller bien au-delà.

La civic tech, raccourci de “civic technology”, représente l’ensemble des outils numériques mis en place dans le but de replacer le citoyen au cœur du système démocratique et de renforcer son pouvoir d’agir. Une partie d’entre elles œuvrent avec les institutions pour repenser la démocratie représentative en incluant encore plus fortement les citoyens.

Nous avons souhaité dans cet article faire un point sur l’impact que nous constatons chaque jour, en tant qu’acteur privilégié de cette dynamique.

Quelle est la place des civic tech dans la participation citoyenne en France ?

Ces outils de technologie civique sont une réponse à la défiance des citoyens envers les élu.e.s et le système politique actuel. En leur proposant justement de prendre part aux débats et décisions politiques, au travers d’outils digitaux variés, la civic tech invite à la transparence des institutions et un changement dans les pratiques de gouvernance.

Au vu de l’ampleur que les civic tech prennent, il ne serait pas prétentieux de dire que l’avenir politique n’est plus envisageable sans. En effet, la civic tech recèle de nombreuses avancées technologiques en faveur de la transparence et du droit à l’information des citoyens.

Les acteurs de la civic tech ont développé une multitude d’initiatives pour améliorer l’impact du citoyen sur l’action publique et les décisions politiques à l’échelle locale mais aussi au niveau national, européen ou international. L’une des premières expériences au niveau national démarre en 2015 avec la consultation citoyenne sur la Loi pour une République Numérique qui inclut dans son processus le recueil d’avis de la population via une plateforme. Mais c’est surtout en 2017, lors des élections présidentielles, que la médiatisation des civic tech prend de l’ampleur.

L’association Démocratie Ouverte indique 4 grands usages des civic tech dans la participation citoyenne :

  • consulter les citoyens (recueillir les critiques, avis et idées) ;
  • concerter (organiser des débats publics) ;
  • co-construire les politiques publiques avec les citoyens;
  • co-décider (grâce à des referendums, des budgets participatifs, etc.).

Schéma Démocratie Ouverte_Civic tech

« Vers une démocratie ouverte », schéma créé par Démocratie Ouverte

Lorsqu’ils souhaitent inviter les citoyens à prendre part au débat, les acteurs politiques ont l’embarras du choix quant aux outils numériques à utiliser : sondages, boîte à idées en ligne, carte interactive, pétition en ligne, signalement citoyen… L’objectif étant de renouer le dialogue entre élus et citoyens et encourager la participation du public aux décisions par d’autres moyens que le vote. Chez ConsultVox, nous facilitons la co-construction de projets entre acteurs publics et usagers au travers d’outils de participation citoyenne complémentaires.

Néanmoins, l’usage de ces technologies au service de la production collective d’une décision ne se limite pas à la sphère publique. Des organisations privées n’hésitent pas à se saisir de leurs potentiels pour « enrichir leurs relations clients » telles que SNCF, Decathlon, Enedis, etc…

Les bénéfices de la civic tech pour la participation citoyenne

En avril 2018, 157 collectivités étaient recensées par OpenCitiz comme utilisatrices d’outils numériques. Et ce n’est que le début, puisque la Civic Tech représente un marché en plein essor.

1. Un coût avantageux

Tout d’abord, il faut prendre en compte le faible coût de ces outils par rapport à leur potentiel.

Par exemple, ConsultVox met à disposition 6 outils de participation citoyenne en ligne pour 5 000€ par an (HT), peu importe la taille de la collectivité territoriale. Ce « package » permet à la fois de bénéficier d’une certaine souplesse en fonction des besoins du projet, mais aussi de bénéficier d’une solution numérique de participation citoyenne à un prix abordable.

2. Une mobilisation intensifiée

Ensuite, les capacités de mobilisation de la civic tech sont décuplées du fait que la démarche se déroule en ligne. Chacun participe depuis chez soi et à son rythme, quitte à retourner plusieurs fois sur l’outil pour amender, ajouter ou commenter sa contribution ou celle des autres.

3. Transparence, pédagogie et confiance

Un autre argument sur le bénéfice de la civic tech repose sur la notion de transparence. Sur de nombreux points, elle favorise la transparence, la pédagogie et la restauration d’un lien de confiance entre élu.e.s et citoyen.ne.s. D’une part, la mise en ligne des débats et des consultations publiques représente une ouverture considérable de la démarche.

D’autre part, les capacités de traitement, d’analyse et d’archivage des données offertes par ces technologies vont dans le sens d’une meilleure accessibilité des informations, d’une communication améliorée et d’une confiance retrouvée entre les habitants et les élus.

4. Un dialogue renoué

Enfin, la civic tech améliore le processus d’échanges être décideurs et habitants passant d’une relation unilatérale à un véritable dialogue. Le cas des élections municipales de 2020 est particulièrement probant.

Certains candidats n’ont pas hésité à se saisir des civic tech pour faire participer les militants à la construction de leurs programmes. Le processus démocratique que représente l’élection est ainsi plus abouti. Les citoyens ne votent pas seulement pour ou contre des propositions mais ont l’occasion de formuler leurs propres idées.

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Les civic tech réinventent-elles la participation citoyenne ?

Les civic tech ne sont pas sans défaut et apportent avec elles leur lot de questionnements (et de limites). Plutôt que d’annoncer la réinvention de la démocratie grâce à ces technologies, nous préférons dire que ces outils possèdent des atouts indéniables et « amplifient » les opportunités de participation, de mobilisation et de pouvoir d’agir des citoyens.

La première critique repose sur la représentativité des publicsqui n’est pas actuellement démontrée par les acteurs de la civic tech. Elle s’explique par :

  • la fracture numérique présente sur le territoire français et l’inégalité d’accès au numérique ;
  • la nécessaire obtention de données personnelles vérifiées pour identifier les participants.

Chez ConsultVox, nous préconisons systématiquement d’allier actions de terrain et outils numériques afin d’assurer au maximum la représentativité des publics cibles.

En outre, l’importance accordée à telle ou telle contribution est régulièrement questionnée. Quel poids accorder à la pertinence de l’argument versus le nombre de répétition ? La participation d’un riverain sur un projet d’aménagement urbain a-t-elle la même valeur que la contribution d’un usager du territoire ?

Ensuite, comme le souligne Clément Mabi, il ne faut pas oublier que derrière l’outil se cache un projet, une ambition. L’injonction à l’innovation technologique ne révolutionne pas à elle seule les pratiques démocratiques.

La civic tech contribue à « mettre en technologie » un projet politique.

Clément Mabi, « Citoyen hackeur. Enjeux politiques des civic tech », La Vie des Idées, 2 mai 2017

L’autre dérive serait de faire du « civic washing« . En français, il s’agit d’instrumentaliser un nouvel outil de participation, de promouvoir l’avancée technologique sans en démontrer son efficacité.

Au final, la civic tech permet d’amplifier la participation citoyenne. Son potentiel est même loin d’être atteint. En prenant du recul sur les fonctionnalités techniques des outils, le numérique devrait être pensé comme un outil au service d’un projet politique plutôt que comme une solution en elle-même.

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