Qu’est ce qu’une civic tech et que peut-elle apporter ?

14 décembre 2020
10 minutes environ

La banalisation de l’usage d’internet a facilité la démocratisation de l’espace public en permettant à chacun “d’être son propre média”. L’expansion de la culture numérique a aussi favorisé l’émergence d’activités dont les principes s’axent sur la participation, la collaboration et la transparence. Le développement du marché de la civic tech n’est pas sans coïncidence avec cette évolution de notre société.

Technologies au service du citoyen, elles se donnent pour mission de structurer des espaces d’interactions en ligne de sorte à replacer le citoyen au cœur du débat public et lui donner les outils pour agir au sein du système démocratique.

A la fois dense, flou et mal compris, le marché de la civic tech laisse beaucoup de questions en suspens. Revenons quelques instants sur la définition de ce secteur avant de comprendre comment et pourquoi les civic tech apportent des transformations positives à la démocratie.

Que signifie le terme « civic tech » ?

Une définition extensive du secteur

Selon le rapport de la Knight Foundation de 2013, la « civic tech » – pour « civic technolgy » – désigne toute technologie visant à accroître le pouvoir du citoyen ou à rendre un gouvernement plus ouvert. Cette définition large des « technologies civiques », en français, englobe l’ensemble des outils numériques qui permettent d’améliorer le fonctionnement démocratique des sociétés et des communautés.

Au sein de ce même marché, s’ajoute une distinction, parfois très fine, entre :

  • la civic tech, au sens stricte, qui œuvre pour une participation citoyenne augmentée
  • la pol tech qui représente des technologies en ligne à visée électorale
  • la gov tech qui désigne les outils déployés par les gouvernement pour améliorer leur fonctionnement et la transparence des politiques publiques

Sauf que, comme l’indique Claire Legros, dans le journal Le Monde, « c’est un mot fourre-tout bien pratique mais aux contours assez flous, […] on trouve aussi bien des plates-formes de pétitions en ligne et de mobilisation citoyenne […] que des outils plus institutionnels de budgets participatifs et de concertation. ».

Si l’on y ajoute les technologies à visée électorale […], les outils déployés par les gouvernements pour améliorer leur fonctionnement ou la transparence des politiques publiques (gov tech), et les réseaux sociaux […], on obtient un écosystème foisonnant et disparate où les modèles économiques sont aussi variés que les profils des acteurs.

Claire Legros, » « Civic tech : la CNIL appelle à la vigilance », Le Monde, 9 décembre 2019

Un marché protéiforme

Il n’existe pas réellement de définition satisfaisante. Nous pouvons tout de même en préciser les contours. Ce sont des initiatives publiques, associatives ou privées qui concourent au développement du pouvoir d’agir des citoyens, facilitent la participation citoyenne et donnent les outils nécessaires pour améliorer la transparence de la gouvernance.

Les acteurs de la civic tech prennent des positions différentes en fonction de leur rapport aux pouvoirs publics. D’une part, certains s’orientent comme « contre-pouvoir » et prennent davantage la place de lobby citoyen comme Change.org et ses pétitions en ligne. Alors que d’autres choisissent la collaboration avec les institutions et proposent un ensemble de services pour une « démocratie participative 2.0« , comme nous chez ConsultVox.

Pour lever le voile sur ces nouvelles formes de technologies, mieux les analyser, les décrypter et échanger sur les enjeux politiques qui en découlent, le think tank « Décider ensemble » a créé en septembre 2018 un observatoire des civic tech et de la démocratie numérique. Accompagner les professionnels, favoriser le partage d’expérience ou encore soutenir les acteurs dans leur mise en œuvre : les enjeux sont nombreux.

knightfoundation_civic tech

Source : The emergence of civic tech : investments in a growing field, Knight Foundation, décembre 2013

Les principales tendances et applications des civic tech

Ces outils de technologie civique se veulent être une des réponses à la crise du système de représentation démocratique contemporain. Sous divers aspects, ces acteurs proposent des solutions numériques capables de renouer le dialogue entre citoyens et élus, d’injecter plus de transparence dans le fonctionnement des institutions et de réinventer les formes de pouvoir d’agir des habitants.

Ainsi, citoyens, associations, collectifs citoyens, entreprises et acteurs publics ont l’embarras du choix quant aux outils numériques à utiliser.

Retisser les liens entre élus et citoyens et encourager la citoyenneté augmentée

Tout d’abord, certaines civic tech ont développé des technologies en faveur du renforcement du lien entre élus et citoyens. Cela va de la possibilité offerte aux habitants de poser des questions directement à leurs élus jusqu’à la création d’un comparateur des programmes politiques (Voxe.org). Ces initiatives vont dans le sens d’une relation plus horizontale entre les deux partis et d’une implication du citoyen dans la vie locale plus importante.

Dans la même veine, les plateformes dites participatives, comme celle que nous proposons à ConsultVox, sont des outils numériques au service d’un dialogue intensifié et d’une prise de décision fondée sur le partage collectif des expertises. Lorsqu’ils souhaitent inviter les citoyens à prendre part au débat, les décideurs publics ont la possibilité de mobiliser une diversité d’outils : budget participatif, carte interactive, pétition en ligne, plateforme de participation…

Télécharger guide "Renforcer la participation citoyenne par le numérique"

Faciliter l’échange, le partage et la coopération

Ensuite, si nous adoptons une vision relativement large du champs de la civic tech, il existe des acteurs qui veillent à simplifier le partage et l’échange d’informations. Par exemple, les applications ou sites web qui se basent sur le crowdsourcing – forme de collaboration et brainstorming collectif en ligne – en font partie. Nous pouvons citer Waze ou Wikipédia parmi les plus connus.

De plus, il faut compter dans ces technologies les plateformes de crowdfunding qui aide à résoudre les problématiques de financement de projets publics dans les domaines social, culturel ou éducatif.

Mobiliser les citoyens et favoriser l’entraide

Nous distinguons ici deux profils : les civic tech et les pol tech. En effet, les civic tech au service de la mobilisation citoyenne représentent un nouveau support pour animer une communauté et organiser un évènement.

Quant aux pol tech, elles sont davantage à visée électorale. Elles utilisent les données mises en ligne par la collectivité territoriale et de recensement de l’INSEE pour dresser une carte du territoire avec les zones d’électeurs les plus hésitants. Ce qui permet aux équipes de campagne de cibler leurs actions et de construire une campagne plus efficiente. C’est une carte que les politiques ont notamment joué au cours des élections municipales de 2020.

Mais encore, d’autres technologies portent plutôt sur l’entraide et la poursuite de l’intérêt général. Des plateformes comme Hacktiv.org ou Communecter mettent en lien associations et évènements bénévoles avec des habitants prêts à s’engager ponctuellement.

Transformer le système démocratique

L’évolution de la gouvernance moderne passe par uneexigence de transparence. Cette nécessité a été notamment retranscrite dans les textes législatifs en imposant l’ouverture des données aux collectivités territoriales de plus de 3 500 habitants et 50 agents. Pourtant, la naissance de portails d’open data ne suffit pas à elle-seule pour rendre l’action publique plus transparente.

L’enjeu repose également sur la lisibilité et l’accessibilité de ces données. C’est pourquoi des civic tech comme « Citoyen » mettent en forme des données ouvertes récoltées pour les rendre intelligibles.

Les transformations peuvent également provenir d’un changement des règles du jeu du système représentatif. Nous pensons à des actions telles que celle de LaPrimaire.org. qui cherche à faire émerger des candidatures citoyennes aux élections.

LaPrimaire.org organise des primaires ouvertes pour permettre aux Français de choisir librement, de manière transparente et démocratique, les candidats qu’ils souhaitent voir se présenter aux élections publiques.

LaPrimaire.org

Quel avenir pour les civic tech ?

Nous avons balayé du regard le large spectre du marché de la civic tech. Ce secteur, encore en cours de structuration et d’identification, fait face à plusieurs défis. En complément de notre analyse de la civic tech appliquée à la participation citoyenne, abordons ici les challenges à relever pour les acteurs présentés ci-dessus.

Des modèles de financement pluriels

En premier vient la question du financement. L’écosystème compte des modèles pluriels et mouvants. Une partie se finance grâce à d’importantes levées de fonds avec la promesse d’une rentabilité sur le long terme. Cependant, ce type d’investissement par des fonds privés, à grande échelle, dans des start-up qui se situent sur un marché de niche interroge sur l’atteinte de ces objectifs. Car, un secteur tel que celui-ci rend le rendement et la croissance à grande échelle difficilement envisageables.

D’autres initiatives associatives ou citoyennes reposent sur le don et les subventions. Ainsi, l’équilibre financier reste compliqué à trouver entre la recherche de fonds et le modèle économique adopté (logiciel libre, propriétaire, rémunération sous forme de licence d’utilisation ou de prestations d’accompagnement, etc). Heureusement, chez ConsultVox, nous avons construit des synergies vertueuses avec le groupe Publilégal, logisticien de la consultation publique depuis 1846. Ce qui nous permet un développement croissant et sain.

Représentativité et fracture numérique

Chez ConsultVox, nous insistons sur le fait que le numérique est avant tout un support au service d’un projet politique et d’actions de terrain. La démocratie en ligne, bien qu’elle permet de renouveler les pratiques, n’assure pas la représentativité de l’ensemble des publics. Il est donc essentiel de penser l’utilisation des civic tech en complément d’autres initiatives sur le territoire. De sorte à ce qu’une minorité de personnes à l’aise avec ces outils ne soit pas sur-représentée par rapport à d’autres catégories de population.

La protection des données, un indispensable de la démocratie numérique

Le travail des civic tech inclut la récolte de données et son exploitation. Or, le partage et l’analyse de ces données ne doivent pas entrer en conflit avec les impératifs de vie privée et de sécurité nationale.

Tout d’abord, l’ensemble des civic tech ont pour rôle de garantir le respect du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) mais, aussi, de générer un environnement de confiance en montrant le cheminement de la donnée. Ainsi, la CNIL enjoint les civic tech à définir ensemble des bonnes pratiques et un code de conduite.

Les civic tech constituent de réels atouts pour réinventer la démocratie et innover les pratiques de dialogue élus-citoyens. Elles fournissent des moyens pour accroître le pouvoir d’agir, rendre les modes de gouvernance plus transparents et construire un nouveau rapport entre les décideurs publics et la population. Mais, le solutionnisme technologique doit être évité et, pour ce faire, les civic tech auront des défis à relever et des synergies à créer pour amplifier la démocratie.

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