ConsultVox fête ses 5 ans ! Un autre regard sur la civic tech

12 octobre 2020
7 minutes environ

Dans une définition très large, les civic tech, ou « technologies civiques », représentent l’ensemble des initiatives assimilées à « tout projet à finalité ouvertement citoyenne qui utilise les nouvelles technologies » selon la Knight Foundation. Il en existe une multitude, que ce soit en France ou à l’étranger, proposant différentes solutions technologiques (plateformes web, applications mobile, intégrations dans des sites web existants…) et souhaitant, selon les cas, dialoguer avec les élus, signaler des dysfonctionnements, diffuser des actualités locales, interpeller les sénateurs/les députés ou bien encore consulter les citoyens à petite ou grande échelle.

Ayant pour mission « de co-construire les territoires en mobilisant l’intelligence collective et la participation citoyenne » à partir d’outils en ligne et un accompagnement dédié, ConsultVox est donc une civic tech. Que l’on soit d’accord ou non avec l’anglicisme à outrance et la propension à tout catégoriser dans le secteur du numérique, nous souhaitons apporter dans cet article notre regard critique sur ce marché, sur lequel nous nous sommes positionnés en 2015.

 

Sommaire :


La civic tech, incomprise ou mal-aimée ?

Dans mes échanges et mes rendez-vous, j’ai souvent remarqué que le monde de la civic tech en général semble énerver, non seulement bon nombre de collectivités territoriales, mais également et surtout bon nombre de partenaires concertants. En cause, selon nous, le caractère « bling-bling – levée de fonds – allons hacker la démocratie » que certaines startups, assez visibles, renvoient.

C’est du reste, je le pense, assez involontaire de leur part. Pour l’expliquer, de très nombreuses jeunes pousses se sont lancées dans ce secteur de la consultation publique et de la participation citoyenne dans les années 2012-2015, ceci pour différentes raisons. Mais avec le recul, et quel que soit le bienfondé de leurs intentions, bon nombre d’entre elles connaissaient peu les rouages et les complexités d’une collectivité territoriale. Soutenues à l’époque par des fonds d’investissement ne s’y connaissant guère mieux, certaines startups ont alors multiplié les levées de fonds à plusieurs millions d’euros tout en véhiculant le message comme quoi il suffirait de lancer des outils numériques, « réseaux sociaux citoyens » et autres « boites à idées citoyennes » pour que les collectivités, élus locaux et citoyens s’en saisissent et se rapprochent comme par magie.

Évidemment, rien n’est aussi simple et je comprends que les agents publics et les concertants de terrain, ayant parfois plusieurs dizaines d’années d’expérience dans ce champ de la consultation publique et de la participation citoyenne, aient pu se sentir frustrés – voir vexés – dans leurs pratiques quotidiennes.

 

Quand la « tech » et le numérique prennent (trop) le dessus

Numérique_Démocratie participative

 

Outre cette certaine arrogance, qui tend objectivement à s’estomper au vu des résultats obtenus par ces mêmes acteurs, c’est également l’approche techno-centrée de certaines start-ups que je me permets de critiquer. La dénomination de « civic tech » dessert en réalité les acteurs de ce champ : « seule », la technologie ne fait rien. C’est l’approche stratégique et méthodologique à construire et à adapter autour des outils numériques pour chaque collectivité ou chaque projet qui est à valoriser. Grande absente chez certaines sociétés, la complémentarité des outils numériques avec les opérations de terrain et les réunions publiques est, pourtant, fondamentale.

Sur ce sujet, nous tenons à remercier nos partenaires, les agences de concertation, tant cette collaboration régulière avec des praticiens de terrain nous a été bénéfique dans notre approche de la démocratie participative sur le plan méthodologique d’une part, et sur le plan du développement technique de nos outils d’autre part.

 

Le retour sur investissement en question

Sur un autre point, les tarifs proposés par les sociétés de la civic tech seraient trop onéreux au regard des usages effectués et des résultats obtenus, notamment pour les petites et moyennes collectivités. C’est ce qu’il ressort de mes échanges, tant avec des agents publics que des partenaires concertants. Sans affirmer ou infirmer ce constat, il s’agit pour autant d’un réel problème de business-model pour les prestataires de la civic tech, souvent soulevé par les chercheurs et les universitaires du secteur.

D’un côté et sur un plan technique, développer des outils numériques performants, simples d’utilisation tant pour les utilisateurs que pour les administrateurs, respectant, qui plus est, les réglementations RGPD (données) et RGAA (accessibilité), coûte assez cher pour une entreprise. Le constat est similaire du côté des logiciels open source qui doivent nécessairement être installés, configurés et constamment mis à jour. D’un autre côté et en raisonnant en termes de buts et d’utilité, nous parlons d’outils numériques permettant aux citoyens de s’exprimer, de faire remonter des avis, des idées, des projets, des critiques parfois, des signalements d’anomalies sur la voie publique… L’ensemble est bien sûr très louable mais il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que cela ne va pas au-delà.

 

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Tout le problème consiste donc à résoudre l’équation coûts onéreux de développement technique versus ce que le client est prêt à payer pour ces usages, dans un contexte où les moyens financiers des acteurs publics se réduisent. Certains prestataires ne se concentrent que sur une licence d’utilisation des outils numériques, d’autres sur l’offre d’accompagnement, souvent les deux en même temps… Nous ne prétendrons pas avoir résolu cette équation mais notre fusion au groupe Publilégal nous permet d’avoir des coûts assez bas tout en restant qualitatifs, tant sur le plan technique que sur le plan de l’accompagnement et du suivi.

 

 

Scalabilité des civic tech et démocratie participative, un paradoxe

Civic tech_Scaling

 

Concept cher à l’écosystème du numérique, la « scalabilité » d’un modèle symbolise la propension d’une société à multiplier de manière croissante et soutenue son nombre de clients, à force d’automatisation de son architecture web et d’investissements nécessaires pour se faire connaître.

Elle est, selon nous, non atteignable pour les civic tech, pour différentes raisons. D’une part, le cycle de commercialisation lorsque l’on s’adresse à des collectivités est long, trop long pour un modèle scalable, qui repose sur des tours de financement à répétition pour « gagner des clients » rapidement et pouvoir s’imposer à moyen terme. D’autre part, l’atteinte de cette scalabilité passe le plus souvent par une internationalisation. Même si certaines startups arrivent à s’implanter dans différents pays (ConsultVox comptant d’ailleurs quelques clients québécois et bientôt belges), les enjeux de souveraineté des données, de plus en plus prégnants, limitent cette internationalisation. Comme dit ci-dessus, les technologies déployées restant assez « standards », chaque pays compte des prestataires spécialisés sur ce marché.

Enfin, le marché de la consultation publique et de la participation citoyenne a connu une lente émergence mais se dirige aujourd’hui vers une relative maturité. À qualité de solution technique équivalente, certains prestataires se concurrencent de plus en plus farouchement sur une taille de clients potentiels qui reste assez restreinte. De manière évidente, les tarifs proposés vont tendre à se réduire. Les sociétés « sous perfusion » de levée de fonds successives afin de nourrir leur scalabilité mourront dès lors que leurs investisseurs comprendront avoir perdu leur argent.

 

Outiller la démarche à défaut d’ « hacker la démocratie »

Pour conclure, arrêtons de vouloir « hacker la démocratie », ni même de devenir « global » à grand renfort de millions d’euros pour des sociétés qui ne seront jamais rentables. Le marché des civic tech n’est pas un marché « scalable », concept cher aux start-ups, mais se rapproche davantage d’un marché de niches d’une part, et d’une activité de services plutôt que de technologies d’autre part. Il ne s’agit nullement d’un manque d’ambition et nous avons d’ailleurs des clients dans d’autres pays francophones que la France. Mais pour autant, il ne faut pas s’imaginer qu’une civic tech devienne un jour une « licorne » comme les Uber ou autres « succès » que l’on survend en école de commerce.

Les technologies civiques proposées par les start-ups appuient les stratégies et les méthodologies mises en place sur le terrain et elles ne les remplacent pas. Prenons bien conscience qu’elles ne représentent qu’un rouage infime dans la complexité d’une collectivité territoriale.

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